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Dissertation rédigée · 3 625 motsL'humanité peut-elle se passer d'altérité ?
L'humanité peut-elle se passer d'altérité ?
Introduction
Beaucoup de peuples se sont donné, dans leur propre langue, un nom qui signifie tout simplement « les hommes », ou « les vrais êtres humains » : c'est le cas des Inuit, mais l'anthropologue Claude Lévi-Strauss, dans Race et histoire (1952), remarque que le fait est presque universel. On y verrait volontiers une curiosité linguistique. C'est en réalité un aveu redoutable : en se nommant ainsi, chaque groupe se pense complet en lui-même et rejette l'étranger, le voisin, l'ennemi hors du genre humain — ceux-là ne sont pas des hommes, à peine des bêtes. L'humanité, spontanément, semble donc non seulement pouvoir se dispenser de l'autre, mais se constituer en l'excluant.
C'est précisément ce que met en jeu notre sujet : l'humanité peut-elle se passer d'altérité ? Encore faut-il peser les termes. L'altérité (die Alterität, f. ; die Andersheit, f.) désigne le rapport à ce qui n'est pas moi : autrui d'abord (der Andere, m.), mais aussi l'étranger, l'animal, et plus largement la différence comme telle. Quant à l'humanité, le mot est équivoque : il nomme tantôt une espèce biologique (l'Homo sapiens), tantôt une vertu morale (la bonté, la compassion : « avoir de l'humanité »), tantôt une communauté universelle (le genre humain comme ensemble solidaire). « Se passer de », enfin, veut dire à la fois pouvoir se dispenser de — comme d'un accessoire superflu — et réussir à vivre sans — comme on se passe d'un organe qu'on aurait perdu.