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Dissertation rédigée · 1 987 mots

Y a-t-il des limites à l'humanité ?

Y a-t-il des limites à l'humanité ?

Le 4 août 1997 s'éteignait Jeanne Calment, à 122 ans et 164 jours — un record de longévité jamais égalé depuis. Ce chiffre semble dire une évidence : l'humain est un être borné, qui bute quelque part sur un plafond qu'il ne franchit pas. Or notre époque conteste l'évidence : biotechnologies, conquête spatiale, intelligence artificielle paraissent promettre une humanité sans bornes. Encore faut-il s'entendre sur le mot « limite », car il est équivoque. Une limite est tantôt une borne qui arrête (la mort, l'ignorance), tantôt une frontière qui sépare un dedans d'un dehors (qui est humain, qui ne l'est pas), tantôt une règle qu'on ne doit pas franchir (l'interdit moral). Il faut y ajouter trois nuances décisives : la limite n'est pas la délimitation (la borne subie n'est pas le tracé qu'on institue), ni l'extrémité (le terme d'un parcours n'est pas le maximum atteint). Et « l'humanité » se dit aussi bien de l'espèce que de la dignité morale ou de la communauté universelle. De là notre problème : l'humanité est-elle un être limité, enfermé dans sa finitude — ou une puissance d'illimitation qui repousse sans fin ses bornes ? Et si plus rien ne la limitait, resterait-elle humaine ? Nous verrons d'abord que l'humanité est un être limité ; puis que la limite, loin de la diminuer, la constitue ; enfin que, puisque l'homme est aussi la puissance qui déplace ses propres bornes, sa tâche n'est pas d'avoir ou non des limites, mais de choisir lesquelles le font humain.

I. L'humanité est un être limité

L'humanité est d'abord limitée par sa finitude (die Endlichkeit, f.). L'homme est un être mortel, fragile, suspendu entre deux infinis ; en effet, il ne se donne ni sa naissance ni sa mort. Pascal le fixe dans les Pensées (1670, fr. Brunschvicg 347) : « L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature, mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser : une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer. » Grand par la pensée, dérisoire par le corps. Ici, il faut distinguer la limite de l'extrémité : le record de Jeanne Calment, morte en 1997 à 122 ans, n'est pas à proprement parler une limite, mais une extrémité — le maximum atteint au terme d'un parcours singulier ; et c'est précisément parce qu'aucun humain ne l'a dépassée qu'elle révèle une limite, le plafond que l'espèce, jusqu'ici, ne franchit pas. La première borne de l'humanité est celle de la vie.

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